dimanche 10 décembre 2017

Je suis en colère contre le Père Castor

Je ne suis pas en colère  contre le "vrai" Père Castor, celui qui défendait les idées de l'Ecole Nouvelle, celui qui vient de gagner les honneurs de l'Unesco. Même si certains titres peuvent être critiqués de nos jours pour l'image qu'ils donnent de ces "bonnes ménagères" que sont Poulerousse, la Vieille de Roule Galette, ou cette jeune fille qui fait des gâteaux et joue très bien du piano, bonne à marier donc, dans La plus mignonne des petites souris.  Ces petits albums par ailleurs plein de finesse, ont 70 ans, et toujours autant de succès auprès des jeunes enfants. Personnellement  je ne me prive pas de faire remarquer, quand je lis un album du Père Castor à un enfant, que le vieux exagère de ne passe se lever de son fauteuil pour balayer ou faire la galette, que Poulerousse est rusée et courageuse, et que le la petite souris n'a pas besoin de son papa pour se trouver un amoureux…Tu sais c'est un histoire qui date de quand j'étais petite, maintenant ce n'est plus pareil…

Ah oui, ce n'est plus pareil ! Les petites filles ne sont pas de futures maîtresses de maison, mais pas des "petites filles" non plus, elles sont devenues des princesses. Les petits garçons ne sont pas des princes, eux, je ne sais pas pourquoi …


Ces livres du Père Castor bien mis en évidence dans "mon" magasin Leclerc, ne sont pas tout récents. Peut-être (sûrement, j'espère) d'autres que moi se sont émus lors de leur édition en 2011. Mais là nous sommes presque en 2018, secoués par les confidences de nombre de femmes harcelées… Et que fait Flammarion ? Il publie des livres roses et bleus, avec un choix de contes pour chaque sexe.
Et que fait Leclerc ? Il se fait une image responsable -encourageant les jeunes parents à offrir et lire des albums à leurs enfants- en mettant ces livres sexistes en tête de gondole. 

Et sur quels critères décide-t-on des contes "pour filles" (pardon, pour "princesses") et "pour garçons"? Résumé de la FNAC pour ces albums :
"57 histoires tendres, amusantes, féériques, remplies d'émotions et de rires."
ou "Des histoires mettant en scène des petits rois, des géants, des chevaliers et des dragons, de grands et petits loups, mais aussi des petits garçons intrépides ou rêveurs : des héros pleins de tendresse... "
Bon, les petits garçons ont droit aussi à la tendresse, mais par exemple Boucle d'or et les 3 ours, c'est pour les filles. 

Le livre rose présente "une histoire à lire chaque soir à toutes les petites princesse". pour  le bleu, il y a 2 versions, soit ""une histoire à lire chaque soir à tous les petits garçons", soit "pour lire le soir avec ses amis". 







Alors quand on a une fille et un garçon, on lit quoi ? À qui ?
Je suis en colère…


lundi 20 novembre 2017

N'oublie pas mon petit soulier

Petit Papa Noël, tous les petits français connaissent ce refrain. Mais ce petit soulier?

Je mets mes souliers, qui dit encore ça ? Mes chaussures, d'accord. Mes godasses, mes groles, mes pompes, mes baskets, à la rigueur, quoique un peu ringard.  Mes sneakers, mes nike, mes chooses… plutôt. Il y en a des synonymes !

Si je vous dis soulier, qu'est-ce qui vous vient à l'esprit ?
Les souliers rouges, un conte de Hans Christian Andersen, interprété par Coeur de pirate en 2016 ?
Le soulier se satin de Claudel ? Oh non, qui s'en souvient ?
Rimbaud, peut-être :
 Comme des lyres, je tirais les élastiques
 De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
Ou les souliers oubliés dans la neige de Guy Béart ? 

De nos jours, les enfants doivent se demander ce que le Père Noël peut bien faire de ce soulier, car on ne met plus beaucoup les cadeaux dans les chaussures, on a tendance à mettre un nom sur chaque paquet, et à regrouper tous les cadeaux au pied de l'arbre. Dommage ! 
Dans mes bons souvenirs de Noël, il y a le soir du 24 décembre où chacun déposait ses chaussures devant le sapin, ou devant la cheminée, de la plus grande pointure à la plus petite. Parfois, pour associer le chat à la fête, nous lui faisions marquer l'empreinte de ses coussinets sur un joli papier, en guise de souliers. Il y a ceux qui déposaient leurs bottes, pour avoir plus de cadeaux, et ceux mettaient à l'honneur leurs plus jolis escarpins. Tous avaient soin de cirer leurs chaussures pour l'occasion. Chez nous, c'est une tradition qui perdure.

Mais pourquoi un seul soulier ? 
Michka. Père Castor. 1947
Cela tient peut-être à l'histoire de cette chanson? Petit Papa Noël, a été composée par Henri Martinet en 1944, avec un autre auteur. Raymond Vincy, librettiste et parolier à qui l'on doit plusieurs grands succès de Francis Lopez (La belle de Cadix, Mexico, Andalousie…), écrit pour Tino Rossi en 1946, sur la même musique, de nouvelles paroles, comme pour oublier la guerre. Ce sont les paroles  que nous connaissons.
En 1946, le Père Noël n'est peut-être pas bien riche, et ne peut remplir deux souliers (mais pourtant il a "des jouets par milliers"). Ou bien est-ce l'influence des Alliés, avec la chaussette anglo-saxonne qu'on suspend, seule, au pied du lit ?


On ne chante presque plus le premier couplet (La nuit de Noël, qui montre quelle confusion on peut faire, parfois, entre Noël chrétien et Noël païen), mais on n'est pas près de l'oublier, ce soulier de Noël, que découvrent même les enfants non francophones en cours de français.